Made in Bangladesh

De la veine d’un film des frères Dardenne, la réalisatrice dénonce avec force et dignité l’exploitation qui est commise contre des ouvrières au Bangladesh et du coup, une mondialisation sans état d’âme, à la quête de toujours plus de profits. Saisissant et nécessaire.

“Nous sommes des femmes. Fichues si l’on est mariées. Fichues si on ne l’est pas”, s’exclame la jeune héroïne de 23 ans, Shimu, à une défenseure des droits des femmes, laquelle vient d’échapper à un incendie dans l’atelier de textile qui l’emploie. Emploi est un grand mot. Il faudrait plus parler d’exploitation à la limite de l’esclavagisme, dans cette usine de fabrication de textile, qui non seulement contrevient à toute espèce de réglementation dans le travail, mais rechigne à payer ses salariées. Bien sûr, quand des clients occidentaux viennent visiter l’atelier, le patron peu scrupuleux se félicite d’un lieu de travail où ses ouvrières ont plaisir à venir et où les conditions de travail sont exemplaires. Et les clients font semblant de croire, du moment que les prix qui leur seront proposés soient toujours plus bas. Autrement dit, tout le monde ferme les yeux. Le cinéma intervient alors en réparateur de torts, venant éclairer les ignorants que nous préférons rester devant une telle injustice.

Made in Bangladesh est un film rare et intense, qui prend le parti de suivre cette jeune femme, Shimu, déterminée à créer une section syndicale dans son usine et à défendre les intérêts de ses collègues. Le long métrage se transforme en une sorte de plaidoyer universel pour un capitalisme plus éthique, soucieux des femmes et des hommes qui donnent de leur santé, pour permettre aux plus riches d’entre nous de consommer à des prix toujours plus bas. On se souvient de la jeune Sandra, interprétée par Marion Cotillard, qui courait après une signature dans Deux jours, une nuit des frères Dardenne, pour ne pas voir son conjoint licencié. Le propos ici est plus grave. L’administration se fait la complice d’un système économique qui assume les conditions de travail en dehors de toute forme d’humanité et de respect des règles. La pression s’abat de toute part sur Shimu, dont on pressent la puissance de résilience. Mais s’agit-il d’un film de fiction ? On voudrait que cette lutte devienne la vérité dans un monde plus juste, qui ne se réjouirait pas de faire valoir le droit des femmes comme nous en prenons souvent l’habitude, tout en cautionnant un système capitaliste injuste et violent.

Made in Bangladesh est une œuvre d’autant plus rare qu’elle émane du Bangladesh. Voilà un cinéma ignoré des distributeurs et de la sphère cinématographique en général. Le film rend un hommage admirable à un pays dont la visibilité artistique est très faible. Pour autant, on pressent autour de cette première œuvre un savoir-faire important, à l’image de l’Inde dont l’industrie cinématographique est l’une des plus prolixes au monde. Les comédiens brillent dans cette histoire terrible, et le spectateur ne peut s’empêcher de penser que les rôles qu’ils jouent demeurent sans doute pour eux un exercice pédagogique, étant préservés du destin de ces ouvrières. Il est certain que ce long métrage prend une place toute particulière sur nos écrans, à l’heure où les capitalismes les plus durs commencent à imaginer des modèles économiques plus éthiques et où les femmes affirment de plus en plus le rôle qu’elles ont à jouer en matière d’émancipation sociale et culturelle. Made in Bangladesh est tout aussi dur qu’il est rempli d’espoir. Le titre, si bien choisi, pourrait concerner l’Inde, de nombreux pays d’Afrique, la Chine, etc. On espère simplement qu’au moment de sa sortie cette œuvre changera nos consciences et peut-être, soyons fous, la surface du monde.

Source : Avoir-Alire.com